L’épopée de Li Shu. Chapitre 3 : La Naissance.

Chapitre 2 : La Sage-Femme.

Réfugiée à Alhadiqa, Ramady est accueillie par le gouverneur Khadae son ancien mari. Tebekh envoie des hommes chercher Ramady pour la ramener à Echèse, mais Khadae la défend et les met en fuite. Il met alors une femme, Alhadina, au service de Ramady. Mais celle-ci est en fait au service de Tebekh.

« Vous devriez vous installer au palais, pour les dernières semaines, comme Khadae vous l’a proposé, lui dit Alhadina. »
Ramady continuait à faire glisser doucement sa main dans l’eau chaude de sa bassine. Sa grossesse arrivait bientôt à son terme. Elle avait le visage creusé par la fatigue et le froid. Chaque jour Khadae lui rendait visite et l’invitait à venir s’installer au palais. Elle y serait plus confortablement installée, il pourrait veiller sur elle. Alhadina lui amena ses remèdes, une décoction de plantes dans un long tube de verre, une autre dans une tasse de grès. Elle en huma les vapeurs, ça calmait les douleurs. Elle bût ensuite la seconde infusion. Ramady craignait que les intentions de Khadae ne soient pas honnêtes. Elle ne voulait plus de lui comme mari, elle n’en voulait pas non plus pour père de ses enfants. Si elle s’installait au palais, elle n’était pas certaine qu’il la laisserait en repartir avec ses enfants. Mais elle ne pouvait pas lui donner tort. La vieille demeure parentale tombait en ruine. Les murs de torchis étaient rongés par les fissures. La façade était ridée, creusée par le temps et ses épreuves. La nuit, l’air froid de la montagne s’engouffrait dans la chambre de Ramady et la caressait. Chaque soir, Alhadina lui ajoutait une couverture, mettait une nouvelle bûche dans le foyer et tentait de colmater les brèches avec quelques mélanges d’argile. Rien n’y faisait. La brise glaciale se glissait jusque la peau cuivrée de Ramady et la saisissait. Depuis plusieurs semaines, Alhadina l’alertait sur les dangers de ces coups de froid pour les futurs enfants. Il lui devenait difficile de les ignorer. Ramady se leva, se saisit d’un petit cône de cuivre qu’elle fit rouler dans sa main et se tourna vers la vieille.
« Alhadina, rends-toi au palais et dis à Khadae que je m’installerai au palais demain. Qu’il fasse porter mes affaires, je préparerai deux coffres.
– Bien madame, c’est une sage décision pour vos enfants.
– Qu’il ne prenne pas la peine de venir aujourd’hui. Il n’est pas nécessaire non plus que tu reviennes, j’ai besoin d’être seule. »
Alhadina s’en alla.


Elle avait eu plus de mal qu’elle ne le pensait à se séparer des babioles et des curiosités de ses parents. Au fond d’elle-même, Ramady était persuadée qu’elle ne les reverrait plus. Alors elle en avait mis le plus possible dans les coffres de voyage. Elle n’avait pris pour elle que deux robes, quelques pièces de linge de maison qui lui restaient de son trousseau. Elle n’avait besoin de rien de plus. Elle trouverait de quoi se vêtir mille fois au palais, mais les inventions et les trouvailles de ses parents étaient trop uniques pour les abandonner. Elle ne put tout prendre, alors elle prit ce qui était le plus extraordinaire ou le plus utile. Cet appareil qui permettait de rendre l’eau du puit claire, cette aiguille qui indiquait le sud dès qu’on la faisait tomber par terre ou encore cet étrange amas de tuyaux avec lequel on pouvait respirer sous l’eau. Elle prit aussi avec elle tout ce qui lui permettait d’observer les étoiles. Elle s’installerait sur les terrasses du palais, au milieu de la nuit. Elle y serait tranquille. Elle ferma les malles avec d’imposants cadenas. Ils ne nécessitaient pas de clé, elle seule savait encore comment les ouvrir. Un mécanisme hérité d’une civilisation légendaire lui avait expliqué son père. Elle alla faire un dernier tour dans le jardin qui l’avait vue grandir. Elle reposa les lourds volets de bois aux fenêtres, ceux qu’elle avait retirés à son retour. Elle s’installa dans l’obscurité, au milieu de la grande pièce de vie. Elle ne dit rien lorsque les porteurs du palais vinrent chercher ses malles. Elle ne bougea pas lorsque le vent du soir fit claquer la porte d’entrée. Elle ne frissonna pas lorsque le souffle froid vint lui tenir compagnie. Elle s’endormit là, au milieu de ses souvenirs. Une dernière rêverie pour leur dire adieu.


Ramady avait le droit à deux petites chambres, au bord du patio aux orangers. Deux petites pièces sobrement aménagées. Un lit, deux malles, celles qu’elle avait faites porter jusqu’au palais, une table, deux chaises, une chaise à commodité, une bassine, voilà tout ce que Khadae avait mis à sa disposition. Elle n’avait pas besoin de plus, mais elle avait imaginé être mieux reçue. Il avait tant insisté. Il avait tant semblé souhaiter sa présence au palais. Peut-être avait-il mal pris les multiples refus qu’il avait dû essuyer. Peut-être avait-il fini par se vexer. C’était là sa manière à lui de le lui faire comprendre. Il ne l’avait d’ailleurs pas accueillie. C’est Alhadina qui l’avait aidée à s’installer et qui continuait à lui rendre visite. Elle lui conseillait de rester couchée, pour ne pas brusquer les futurs enfants. Chaque matin, elle lui apportait les mêmes décoctions de plantes, lui faisait une brève toilette avec un linge chaud puis s’en allait. Elle revenait le soir, à la tombée de la nuit. Le reste de la journée, Ramady tournait en rond, se sentant comme une lionne en cage. Elle en avait connu une dans les jardins du palais de Tebekh. Une superbe bête, noble et fière qui continuait à effrayer les hommes et les dames de la cour même derrière les barreaux. Se rendait-elle compte qu’elle les effrayait ? Ou comprenait-elle qu’elle n’était plus une menace pour personne ? Ramady pensait qu’elle s’était résignée. Résignée à donner le change. Résignée à rugir face aux humains car c’est ce qu’ils attendaient d’elle. Leur donner ce frisson, cette peur qu’ils venaient chercher en s’approchant des barreaux, en glissant une main dans la cage et en la retirant aussi vite qu’elle se précipitait dessus. C’était sa manière à elle de garder son sauvage honneur. Ramady comptait bien faire de même. Elle n’avait plus aucun doute. Elle était en cage. Une cage dorée, dans laquelle on prendrait soin d’elle le temps qu’on le déciderait. Mais elle prendrait sa part de liberté. Elle défendrait ce qui lui restait d’honneur sauvage, comme la lionne. La nuit était tombée sur Alhadiqa, et Ramady ne parvenait pas à trouver le sommeil. Elle se releva, sortit d’une de ses malles son matériel d’astronomie et sortit de sa chambre. Le palais était bruyant, animé. A travers les couloirs, on entendait les rumeurs des cuisines et des valets qui rangeaient la grande salle du palais. La musique jouait encore dans la salle de bal. Il y avait encore fête ce soir, et Ramady n’avait pas été conviée. Elle se glissa silencieusement jusqu’au toit du palais et installa son matériel. Sa lunette, sa carte des astres, son calendrier lunaire circulaire hérité d’une civilisation par-delà les océans et un petit tabouret pliable. Un épais brouillard lui cachait le ciel. Une nuit blanche descendait des montagnes de l’est. Ce n’était pas important. Elle respirait à plein poumons l’air frais de la nuit. Elle se mit à tourner sur elle-même, au son de la musique qui provenait de l’autre bout du palais. Ca ne dura pas longtemps. Elle fut vite essoufflée. Elle s’arrêta, prit le temps de retrouver ses esprits. Son attention fut alors attirée par deux ombres qui s’agitaient sur la terrasse en contre-bas. Elle ajusta sa lunette et reconnut Khadae et Alhadina. Ils se disputaient, elle n’en avait aucun doute. Alhadina apparaissait comme la plus véhémente. Il était impensable qu’un gouverneur se laisse ainsi réprimandée par une nourrice. Curieuse, Ramady sortit de sa poche le petit cône de cuivre qu’elle gardait avec elle. Elle le porta à son oreille et l’orienta vers les deux furies.
« Ce sont les ordres de Tebekh, Khadae ! Ne m’oblige pas à lui dire que tu as essayé de m’empêcher d’agir.
– Je sais très bien que ce sont ses ordres Alhadina, mais il ne devait pas y avoir trois enfants ! Elle se doutera de quelque chose, et le peuple aussi. Je ne crois pas que Tebekh veuille d’une révolte à Alhadiqa, et encore moins que Ramady en prenne la tête ! Et imagine qu’à Echèse ils apprennent que Tebekh a fait tuer des enfants. Imagine qu’une telle rumeur se propage. Tebekh l’infanticide ! Il y perdrait son trône et nous nos vies !
– Il nous suffit d’être malins, Khadae. Je sais que tu ne mérites pas ta nomination au poste de gouverneur, fais au moins l’effort de t’y maintenir. Je ne tuerai pas les trois nourrissons en même temps. L’un peut mourir à l’accouchement, ça n’étonnera personne, encore moins si ce sont des triplés. Le deuxième pourra mourir quelques jours plus tard, je saurai faire en sorte que les conditions soient réunies pour que ça arrive. Et pour le troisième nous attendrons quelques semaines, la mort sera naturelle. Je donnerai à boire à Ramady quelques mélanges de plantes toxiques. Pas suffisamment pour que ça l’atteigne, mais assez pour que les toxines se propagent dans son lait et qu’elle empoisonne elle-même son enfant. Et il n’y aura ni révolte, ni soupçon de meurtre Khadae.
– Elle, elle se doutera de quelque chose.
– Alors tu feras en sorte de dissiper ses soupçons. »
Alhadiqa se tourna vers le toit où se trouvait Ramady. Celle-ci se cacha derrière le muret. Elle n’entendit pas le reste de la conversation. Elle n’osa pas se relever pendant plusieurs minutes de peur d’être vue.
« Ils veulent tuer mes enfants… Ils veulent tuer mes enfants ! »
Elle parlait tout haut. En elle se mêlait la haine, la crainte, la colère, la peur, le dégout… Elle rangea rapidement son matériel d’astronomie. Personne ne devait savoir qu’elle se trouvait ici. Personne ne devait se douter qu’elle avait pu entendre cette conversation. Elle devait fuir.
« Ils veulent tuer mes enfants… Ils veulent assassiner mes enfants ! »
Elle ne pouvait s’empêcher de le répéter, de l’exprimer tout haut comme pour essayer de chasser cette idée de son esprit. Comme elle aurait préféré ne rien entendre, ne rien savoir de tout ça. Khadae était complice, il lui avait envoyé Alhadina uniquement dans ce but. Elle était aux ordres de Tebekh. Et les décoctions de plantes qu’elle lui avait déjà données pour qu’elle se sente mieux, est-ce qu’elle n’avait pas déjà empoisonné ses enfants ? Ramady ne savait plus quoi penser. Il fallait aller vite. Mais elle ne pouvait pas fuir tout de suite. Elle ne savait pas où aller, elle n’avait rien préparé. Il lui faudrait un peu de temps. Elle descendit le petit escalier de ronde, longea le mur pour éviter de tomber sur quelques convives avinés, et regagna le patio des orangers.
« Que fais-tu là Ramady ? »
Elle reconnut la voix.
« Et toi, Khadim ? répondit-elle en se retournant vers lui. »
Elle se tenait face à lui. Les taches sur sa chemise laissaient deviner qu’il avait participé à la fête et qu’il en avait pleinement profité. Elle ne put s’empêcher de remarquer la dague d’argent accrochée à sa ceinture. Elle brillait à la lumière des torches.
« Je suis un invité de Khadae, je jouis de son hospitalité et des festivités…
– Et tu me surveilles ?
– Je suis tombée sur toi par hasard, quand tu descendais de la terrasse. »
Elle tressaillit. Elle ne l’avait pas vu. Elle n’avait pas été assez vigilante. Il l’avait probablement entendue.
« Et tu m’as suivi jusqu’ici ?
– Tu avais l’air préoccupée. Tu répétais sans cesse qu’ils voulaient tuer tes enfants, je me suis dit que peut-être tu avais besoin d’aide.
– Et tu es venu généreusement me proposer ton aide, Khadim ?
– Tu as besoin de moi Ramady. Je ne sais pas comment tu as compris ce qu’il se passait ici, mais tu ne pourras pas t’en sortir seule.
– Que crois-tu Khadim ? Que j’ai besoin d’un chevalier pour me protéger ? D’un héros pour me sauver ? Que je suis ce genre de femme ? Depuis combien de temps es-tu au courant de cette affaire ? Depuis que tu as mis Tebekh au courant de ma grossesse ? Tu espères contenter ta conscience en m’aidant à m’en sortir ? Et après quoi ? Tu iras révéler à Tebekh ma nouvelle tanière et il m’enverra de nouveaux sbires pour me tuer moi ou mes enfants. Peut-être même es-tu déjà en train de suivre ses ordres. Vous jouez, vous vous amusez avec moi, vous jouissez de mon tourment. Mais je ne recherche pas de héros, Khadim, je ne recherche pas même un homme. Je serai bien capable de me protéger seule. Alors fais ton choix maintenant. Tue-moi ou laisse-moi partir. Il n’y a aucune autre alternative, j’essaierai de m’enfuir. Je ne les laisserai pas tuer mes enfants. »
Le Khadim ouvrit les lèvres, émis un bref son et se ravisa. Il n’était pas utile qu’il s’explique. Lui-même ne savait pas quelle conduite il allait suivre. Il fit volte-face et s’en alla. Sans attendre, Ramady alla s’enfermer dans sa chambre et essaya d’oublier tout ce qu’elle avait entendu.


Lorsqu’elle se réveilla, Alhadina était déjà là. Elle était en train de préparer les décoctions de plantes qu’elle lui donnait tous les matins depuis plusieurs semaines.
« Ce ne sera pas nécessaire ce matin, dit sèchement Ramady. »
Alhadina n’y fit pas attention. Elle termina sa préparation et la déposa à côté de Ramady.
« Je n’aurai pas besoin de vous aujourd’hui, continua Ramady. »
Alhadina ne fut pas plus troublée. Elle sortit la bassine de cuivre qui servait à la toilette de Ramady, la remplit d’eau chaude et y versa un mélange d’huiles essentielles.
« Alhadina ! hurla Ramady. Je vous ai demandé de sortir de mes appartements !
– Que Madame me pardonne, mais il est normal pour Madame d’être de mauvaise humeur dans son état, mais je saurai supporter ces humeurs et continuer à prendre soin de vous, répondit-elle calmement.
– Alhadina, je ne suis pas de mauvaise humeur et je n’ai pas besoin que vous preniez soin de moi, se reprit Ramady, j’ai simplement besoin d’un peu de solitude. Vous m’accompagnez sans cesse depuis des semaines et il y a toujours du monde et de l’activité au palais, j’ai besoin de calme et de sérénité. S’il vous plaît, revenez demain matin. »
Alhadina interrompit pour la première fois ses activités. Elle hésita un moment, ne sachant quelle attitude adopter. Ramady pouvait deviner toute la suspicion qui l’habitait à cet instant. Mais elle ne chercha pas la confrontation et se ravisa.
« Je comprends Madame, ces dernières semaines ont été éprouvantes pour vous, je prends congé de vous et je reviendrai demain matin. Pensez tout de même à prendre votre infusion ou vous souffrirez atrocement au milieu du jour. »
Alhadina s’en alla. Ramady la vit partir avec soulagement. Elle attendit d’entendre ses pas raisonner dans le couloir avant de pleinement souffler. Elle regarda l’infusion encore fumante. Elle eut un doute avant de la boire. Il y avait bien d’autres moyens de tuer un enfant, elle ne serait pas allée jusqu’à un empoisonnement si lent, si tôt. Elle sortit de sa chambre sans plus attendre, emportant avec elle quelques affaires pour la journée. En sortant du palais, elle ne vit pas les deux silhouettes encapuchonnées qui la suivaient. Le soir elles rapportèrent à Khadae et Alhadina tout ce qu’elle avait fait de sa journée. Elle avait erré sans but dans les rues de la ville, visitant ici une échoppe, achetant-là quelques sorbets aux fruits. Elle avait fait le tour du chemin de ronde, même si elle avait dû en descendre au niveau de la porte de l’Orient, là où les fortifications s’étaient effondrées quelques jours auparavant. Elle avait ensuite assisté à un spectacle d’un dresseur de chevaux. Elle avait applaudi vivement, avait un peu échangé avec lui et avait même laissé quelques pièces pour le remercier du spectacle. Un don généreux qui enjoua tous les habitants de la ville qui l’applaudirent et la louèrent. Elle s’était ensuite rendue aux écuries du palais pour demander s’il y avait quelques chevaux que l’on pouvait dresser pour reproduire un tel spectacle. Elle était enfin rentrée dans ses appartements. Elle était apparue fatiguée, et à plusieurs reprises elle avait dû s’asseoir pour se reposer et reprendre son souffle.
« Pas de quoi s’alarmer, conclut Khadae.
– Vous devriez vous méfier un peu plus, murmura Alhadina.
– Ton avis, Khadim ?
– La prudence incite à la maintenir sous surveillance Gouverneur, mais je ne pense pas qu’elle se doute de quoi que ce soit. Et même si c’était le cas, elle aurait peu de moyen d’agir. »


Ramady rassembla les quelques affaires qui lui restaient dans un linge. Elle avait volé quelques vivres dans les cuisines à son retour des écuries, de quoi tenir trois jours, tout au plus. Elle savait qu’elle n’avait pas plus de temps. La naissance de ses enfants approchait. Sous la porte, elle pouvait voir l’ombre des gardes qui patrouillaient. Le Khadim avait dû parler. Ou son attitude du jour avait éveillé les soupçons. Ils étaient au moins deux, peut-être plus. Il n’était de toute façon pas imaginable de les affronter. Elle se tourna vers la fenêtre qui donnait sur le patio aux orangers. Aucune torche, aucune lueur, la nuit s’offrit à elle. Le moucharabieh finement ouvragé en bois précieux n’était pas solide. Elle pouvait l’enfoncer. Il ne fallait pas se faire entendre. Il n’y avait pas de fête ce soir au palais, pas de divertissement. Le calme envoutait Alhadina. Elle pouvait entendre les hommes du guet rythmer la nuit de leur patrouille et de leurs chants marquant les heures de la nuit. Bientôt trois heures. Toujours le silence. Soudain une clameur. Des cris, des craintes, des appels à l’aide. Un incendie venait de se déclarer dans les écuries du palais. Il était l’heure. Le petit appareil incendiaire qu’elle avait déposé dans la réserve de foin plus tôt avait fonctionné. Sa mère ne lui en avait expliqué le fonctionnement qu’une fois. Celui de l’engrenage de minuterie était le plus compliqué à comprendre. Elle s’en était bien souvenue. De l’autre côté de la porte, elle entendait les gardes s’agiter, certains étaient partis éteindre le feu. Elle se précipita vers la fenêtre, brisa le fin grillage de bois d’un coup de coude et se glissa péniblement par la fenêtre. Le patio était vide. Elle évita soigneusement les chemins de ronde, le quartier des écuries et sortit du palais. Elle se glissa dans la ville sombre, elle avait répété le chemin dans la journée pour être sûre de ne pas se perdre, et arriva jusqu’à la muraille effondrée. Elle se faufila à travers les échafaudages et les gravats et sortit d’Alhadiqa. Elle courut quelques dizaines de mètres avant de devoir reprendre son souffle. Elle arriva jusqu’à une petite cabane qui servait aux bergers le jour. Elle y trouva un charriot et deux chevaux. Le dresseur de chevaux avait tenu parole. Elle y grimpa, prit les rênes et prit la direction des monts de l’Est. Elle chemina toute la nuit sans s’arrêter jusqu’à avoir atteint le flanc des montagnes. Elle se reposa là quelques heures, puis poussa jusqu’à arriver à des chemins que les chevaux ne pouvaient plus prendre. Elle avait souvent arpenté cette région plus jeune. Les monts Mizrab pour certains, le Paishui Gou pour ceux qui y habitaient de l’autre côté. Elle savait qu’on ne viendrait pas la chercher là. Les troupes d’Echèse n’étaient pas les bienvenues ici, elles ne s’y aventureraient pas. Elle marcha ainsi deux jours, jusqu’à atteindre une forêt étrange, de longs arbres très fins. Elle s’allongea au milieu de cette étrange végétation, à bout de force. Elle fut alors prise de violentes contractions dans le bas ventre. Elle perdit les eaux. C’est ici qu’elle allait donner naissance à ses trois enfants.


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Fiction Récit

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